Bernard Stiegler > Repenser l’esthétique, pour une nouvelle époque du sensible

« Notre époque se caractérise comme prise de contrôle de la production symbolique par la technologie industrielle, où l’esthétique est devenue l’arme et le théâtre de la guerre économique. Il en résulte une misère où le conditionnement se substitue à l’expérience esthétique ». « Cette misère est une honte » rajoute Stiegler. Le processus pour échapper au contrôle du sensible et au conditionnement des esprits – l’an-esthésie qui conduit à la misère symbolique – serait de rendre sa place à « l’expérience esthétique », voie
d’émergence de la singularité sensible, indispensable à la constitution de l’être social. C’est en analysant le circuit de cette expérience et les niveaux de la sensibilité, tout en prenant en considération le « tournant
machinique de la sensibilité », que Bernard Stiegler s’essaie à repenser l’esthétique, et ébauche les concepts d’organologie générale et de généalogie du sensible. Pour une « nouvelle pensée de l’industrie à partir de l’expérience sensible », qui formerait une ultramodernité artistique et culturelle. Et pour l’établissement d’une société dans laquelle production symbolique et vie de l’esprit viendraient au coeur de la vie industrielle.

Philosophe et directeur du développement culturel du Centre G.Pompidou, Bernard Stiegler a été directeur adjoint de l’INA, puis directeur de l’IRCAM.
Ses recherches portent particulièrement sur l’impact social des medias et des technologies contemporaines. Il a fondé en 2005 l’association Ars industrialis, et dirige le séminaire « Trouver de nouvelles armes, pour une polémologie de l’esprit ».

Dernières publications :
De la misère symbolique I et II, 2004-2005, Ed. Galilée
Mécréance et discrédit I, II et III, 2005-2006, Ed. Galilée
Constituer l’Europe, I et II, 2005, Ed. Galilée
Réenchanter le monde, 2005, Ars Industrialis/Ed. Flammarion
La télécratie contre la démocratie, 2006, Ed. Flammarion

Site de l’association Ars Industrialis : http://www.arsindustrialis.org/

 

 

Introduction par Colette Tron
En 2004, Bernard Stiegler a dirigé un programme de recherche appelé “La lutte pour l’organisation du sensible, comment repenser l’esthétique”, puis a publié “De la misère symbolique I et II”, dans lesquels s’engage une réflexion autour de “l’expérience esthétique” et de la “nécessaire singularité sensible”, pour contrer l’anesthésie, et où il s’agit de sauver, dans notre société et notre civilisation “la production symbolique et la vie de l’esprit”. Et l’un de ses derniers ouvrages titre d’ailleurs “Réenchanter le monde, la valeur esprit contre le populisme industriel”. Dans le cheminement de ce cycle, qui aborde les aspects et les époques de l’esthétique comme formes de vie, la pensée de Bernard Stiegler était évidemment incontournable. D’autant plus qu’elle est originale dans le champ philosophique lui-même, posant l’homme, et l’hominisation, avec et face à la technologie. Et à la technolgie industrielle qui est celle de notre temps.
Elle renouvelle par ailleurs une critique des industries culturelles initiée par Benjamin, puis reprise et nommée ainsi par Adorno et Horkeimer, puis réintroduite ou reformulée par Lyotard (et d’autres que citera Bernard Stiegler).
D’autre part, on a évoqué lors de la conférence avec Jean Louis Déotte, le rapport entre les appareils, techniques et sociaux, et les formes de la sensibilité. En finissant autour de la question de l’appareillage numérique et de son unification, et son uniformisation formelle et temporelle. Je souhaiterais que l’on aborde ces questions avec Bernard Stiegler, à travers l’expérience sensible, son tournant machinique, et sa problématique dans la situation du temps industriel (et du “capitalisme culturel”), les niveaux de la sensibilité et le circuit de l’expérience esthétique, puis qu’on se rapproche de la question esthétique prise avec la pratique et le commerce de l’art, de la création, et de la vie culturelle.

A une période où notre part sensible est assimilée à une part de marché, sinon à une part maudite : pourquoi et comment repenser l’esthétique, pour quelle nouvelle époque du sensible ? Pour quelles formes de vie ou modes d’existence ?
Vers quelle économie du sensible, et quel horizon esthétique ?

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