Alphabetville propose un programme de micro-résidences, ou résidences de courte durée, à des auteurs, chercheurs et artistes invités, dans un processus de recherche et de création personnels autant que d’inscription dans le territoire et auprès des publics et des professionnels.
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Alphabetville accueille l’auteur, critique et philosophe Bruno Tackels pour l’écriture de son roman « On a retrouvé la mallette de Walter Benjamin ».
Des événements publics ponctueront aussi cette micro-résidence, au gré et au regard des activités diverses de Bruno Tackels, qui vit et travaille en Colombie depuis 2017.

Bruno Tackels est docteur en philosophie et agrégé de philosophie. Il a enseigné l’esthétique à l’université de Rennes 2, et dans différentes écoles d’art, dont les Arts décoratifs à Strasbourg et à l’école régionale d’acteurs de Cannes. Il a été producteur de documentaires à France Culture, et est membre fondateur de la revue indisciplinaire « Mouvement ».
En 2007, il a publié au Seuil « les Voix d’Avignon », dans une coédition Radiofrance, à partir du « Feuilleton d’Avignon », produit et diffusé sur France Culture en juillet 2006.
Aux Solitaires intempestifs, il a publié une série de livres consacrés aux « écrivains de plateau ». Auteur de cinq livres sur Walter Benjamin, Bruno Tackels a publié chez Actes Sud en 2009 sa biographie, intitulée « Walter Benjamin, une vie dans les textes » (Prix européen de l’essai philosophique Walter Benjamin).
De 2013 à 2016, il est chargé de mission au Ministère de la Culture et de la Communication, directeur d’un nouveau département dédié à la recherche en arts. Depuis 2017, il vit à Tinjacá en Colombie, où il se consacre à l’écriture et à la culture de l’olivier.
En 2022, il a publié aux Editions Kimé un essai intitulé « Walter Benjamin à l’ère du monde digital », et 2025, aux Solitaires intempestifs, paraissent « Les mille plateaux de Walter Benjamin », ainsi qu’une anthologie de Walter Benjamin, « Écrits sur le théâtre 1912 – 1940 ». En octobre 2026, il publie « Les Voix du scandale, une histoire des accidents au théâtre », chez Deuxième époque.
Après avoir écrit plusieurs essais et une biographie sur l’écrivain et philosophe Walter Benjamin, Bruno Tackels, avec « On a retrouvé la mallette de Walter Benjamin », par-delà une recherche documentaire, écrit une fiction à partir d’un élément mystérieux relatif à sa biographie, plus particulièrement lié à l’événement de sa fuite vers l’Espagne en septembre 1940 .
Extraits des premières pages du roman :
« Est-ce qu’on a des nouvelles de la mallette de Walter Benjamin ? »
Pourquoi cette question ? C’est la troisième fois en une semaine de signatures en librairie qu’on me la pose exactement dans les mêmes termes.
« Est-ce qu’on a des nouvelles de la mallette de Walter Benjamin ? »
De retour à l’hôtel, impossible de dormir, et je fais du réseau téléphonique. Il n’est pas trop tard, et dans une ville de cette taille, je vais trouver rapidement. Tout en écoutant la liste de messages, je feuillette le journal de Lisa Fittko, qui vient d’être réédité.
« Quartier de la gare, bien chaud, pour un plan direct, now »
Les messages fabriquent une petite musique très codifiée, que je décrypte de façon machinale.
« José, le fils de Mme Gurland (il devait avoir dans les seize ans) et moi portions alternativement la sacoche en cuir noir. Elle me semblait de plus en plus lourde. »
La sacoche en cuir noir ! Je me relève d’un bond dans mon lit, et reprend le chapitre depuis le début, pendant que les messages continuent à défiler dans le vide. Fittko y décrit avec précisions et force détails le passage de Walter Benjamin à travers les Pyrénées, jusqu’à son arrivée fatale à Port-Bou, où le petit groupe de migrants fuyant le nazisme sera arrêté par la Guardia civil espagnole.
« Je remarque que Benjamin porte une serviette – sans doute l’a-t-il prise durant notre halte à l’auberge. Elle paraît lourde. Je lui demande si je puis l’aider.
Nous voilà bien, me dis-je. Le voyage ne va pas être facile. »
Tout Benjamin se joue dans cet échange lunaire, et c’est lui qui a engendré le mythe de la mallette !
Quelques pages plus loin, Lisa Fittko le confirme.
« Aujourd’hui que Benjamin est reconnu comme l’un des grands penseurs de ce siècle, on me demande parfois : « Que vous a-t-il dit de son manuscrit ? » « A-t-il divulgué quelque chose de son contenu ? » « Y développait-il un nouveau système philosophique ? » Juste ciel ! J’avais à mener mon petit monde au sommet des Pyrénées et ça me suffisait amplement. La philosophie pouvait attendre. L’enjeu était de sauver quelques êtres humains, de leur éviter de tomber aux mains des nazis. Et moi, je me retrouvais avec sous ma houlette de passeur improvisé ce sacré phénomène, le vieux Benjamin, que rien n’avait pu convaincre de se séparer de son lest, cette sacoche en cuir noir. Bon gré, mal gré, il nous fallait traîner le « monstre » par-dessus la montagne. »
La naissance d’un mythe. En un paragraphe, Lisa Fittko fait passer l’anecdote au rang de récit fondateur. Avec en plus la complicité de Gershom Scholem, « l’ami le plus intime de Benjamin et l’exécuteur testamentaire de son œuvre. ». C’est lui qui appelle Lisa, parce qu’il a eu vent de cette histoire de mallette, et veut en savoir plus.
Evénements liés à la micro-résidence : informations à venir
Partenaires : Les grandes tables de la Friche ; radio Grenouille